• Pour la première fois depuis qu'il avait entamé des études de médecine cinq ans plus tôt Dave allait être en retard.
    Passant en trombe dans le hall d'accueil -manquant bousculer l'un de ses professeurs au passage- il rallia l'amphithéatre au pas de course, essouflé.
    Il s'assit à sa place habituelle, s'apprêtait à sortir ses affaires lorsque soudain son voisin releva brusquement le nez du dernier numéro du Parisien qu'il épluchait avec avidité à la recherche de faits divers et d'articles insolites le faisant sursauter. Surexcité celui-ci lança à la cantonade:
    - Hé vous autres vous savez pas la meilleure? Ils disent qu'une fille vingt-ans environ, pas beaucoup plus vieille que nous à vrai dire, s'est fait agressé hier soir vers minuit par des types dealant de la coke alors qu'elle s'apprêtait à en avertir la police. Voilà ce qui arrive à ceux et celles qui se mêlent de ce qui ne les regarde pas: il paraîtrait qu'elle est maintenant dans le coma avec plusieurs côtes fracturées.
    Un frisson glacé parcourut l'échine de Dave qui sentit un vif pressentiment poindre en lui:
    - Passe moi ça, lança-t-il nerveux.
    Etonné son camarade le lui passa quand tout à coup la voix de leur professeur s'éleva depuis le centre de l'amphi:
    - Messieurs la classe est commencée que je sache, vous serez donc priés de vous taire provisoirement pour écouter et prendre des notes en même temps que vos camarades pour que j'évite de me répéter indéfiniment ce qui constituerait une immense perte de temps pour nous tous dans l'avancement de ce cours. Et vous avez dans un mois votre examen franchement ça promet...
    Quelques ricanements moqueurs fusèrent que l'enseignant fit taire d'un geste en voyant Dave pâlir brusquement. Intrigué il s'enquit d'une voix adoucie par l'inquiétude:
    - Mr. Greenwich ça ne va pas? Vous vous sentez mal?
    Livide le jeune homme ne répondit pas. Hébété, il fixait la une du Parisien les larmes aux yeux ses mains agitées d'un tremblement incoercible.
    Huit ans avaient passé.
    Huit années durant lesquelles il avait tenté d'oublier se réfugiant dans le travail, la cigarette mais également l'alcool.
    Malheureusement voilà que les erreurs du passé ressurgissaient.
    Et cela le faisait souffrir. Tellement souffrir.
    Sous les regards étonnés de ses camarades et de son professeur, il se leva d'un bond, jeta son sac en travers de ses épaules après y avoir fourré le journal en quatrième vitesse et quitta la pièce aussi vite qu'il y était entré. Sans un mot.
    ---
    TO BE CONTINUED...


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  • ...
    Enfin je suis guérie. Ou presque. Les médecins ont déclaré qu'ils me gardaient en observation encore une semaine puis qu'à l'issue de ce délai je serais enfin sur pied.
    Je devrais m'en réjouir bien entendu mais je sais pertinemment que s'ils venaient à le savoir il aurait de sérieux ennuis.
    Oh Dave mon amour comme j'aurais aimé te savoir près de moi afin qu'on puisse ne serait-ce que se parler.
    J'hésite encore mais au fond de moi je sais parfaitement que cela nous est impossible désormais.
    ...à un de ces jours peut-être... Adieu...


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  • Tout s'est passé trop vite: à peine le temps de comprendre ce qui m'arrivait, déjà happée par une ambulance immaculée, j'agonise lentement.
    Je vais mourir, c'est certain. C'est dommage car rencontrer la mort à seulement vingt ans, c'est comme être une fleur magnifique qui jamais n'éclorera au grand jour.
    J'ai mal à la tête. Sans doute à cause de cette saleté de morphine: pour anesthésier la douleur c'est très efficace il faut l'avouer mais alors les effets secondaires n'en parlons pas...
    Vraiment quelle bien triste destinée que de finir sa vie à l'arrière d'une ambulance
    fonçant à toute allure vers l'hôpital le plus proche toutes sirènes hurlantes.
    De plus tout ceci n'a été qu'un affreux concours de circonstances: deux types se battaient dans la rue pour une sombre histoire de drogue si j'ai bien tout saisi et en l'un d'eux j'ai soudain reconnu un ancien ami de  lycée. Sans crier gare, l'autre a alors sorti un revolver et l'a mis en joue, prêt à en découdre une bonne fois pour toutes. A ce moment-là, je ne sais pas trop ce qui m'a pris mais, sans réfléchir, je me suis élancée, m'interposant entre eux et ai reçu en plein coeur la balle qui lui était destinée. Après, plus rien. Le vide total.
    Tout ce dont je me souviens c'est lui hurlant mon nom et les lumières dansantes accompagnées du hurlement assourdissant de l'ambulance qui me fait ressentir, plus terrifiante de minute en minute, l'angoisse de la mort.
    Le véhicule s'arrête enfin. Suis-je morte? Non apparemment: car je peux encore entendre, mais venant de très loin, la voix de l'infirmier qui demande, préoccupé:
    "- Dites les gars, vous êtes sûrs qu'on ne devrait pas l'envoyer directement à la morgue cette fille? De toute façon, avec une telle blessure, elle n'aurait pas tenu le coup bien longtemps..."
    J'ai beau essayer de me persuader du contraire, il est à présent évident que toute résistance face à la mort est inutile. Lasse et résignée, je laisse alors aller ma tête contre le minuscule oreiller qu'ils ont placé tout au bord de ma civière, revois dans un flash aveuglant ma trop courte existence, les visages souriants de mes parents puis c'est le noir. Le noir absolu.
    C'en est à tout jamais fini de moi, Emilie Rockwell,alias Eliie ,vingt ans à peine et étudiante en première année de médecine.
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    TO BE CONTINUED...

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