• 18h00:
     
    Assise face à la mer, Samantha contemplait l'horizon. Le matin même elle avait reçu un mail de la direction de la faculté de médecine lui indiquant qu'elle y était refusée.
    Cela ne l'étonnait guère. Elle s'y était inscrite pour faire plaisir à sa mère tout en sachant qu'il était invraisemblable qu'elle y soit acceptée car elle avait obtenu son bac mais sans mention.
    Issue d'une famille de notables normands Catherine Duval se vantait de sa précocité car sa fille venait de décrocher son bac à 17 ans. Ce que sa mère ignorait c’était que durant toute son adolescence elle avait fait semblant d'être précoce afin d'attirer l'attention. Samantha se sentait ignorée et laissée à elle-même.
    Le plus curieux était qu'elles ne se ressemblaient pas du tout. Grande et élancée Samantha disposait d'un visage aux traits eurasiens marqués encadrés d'une épaisse et chatoyante chevelure auburn tandis  que Catherine avait davantage un physique caractéristique des pays nordiques.
    Son plus grand souhait était de réaliser le tour du monde mais sa mère désapprouvait totalement ce projet car elle estimait qu'à 17 ans sa fille n'était pas encore suffisamment mature pour voyager en solitaire. Cela exaspérait l'adolescente au plus haut point car elle aurait préféré partir à l'aventure plutôt que de commencer ses études immédiatement après le lycée. Ce qu'elle avait volontairement omis de préciser à sa mère était qu’elle avait effectué en cachette tous les préparatifs nécessaires pour mener à bien son voyage initiatique en catamaran. Depuis toute petite elle rêvait de partir en mer mais Catherine se refusait à lui payer des cours de voile car elle estimait cette activité trop dangereuse pour une jeune fille de son rang.
    Ce qui poussait Samantha à répondre à ce besoin vital d'indépendance était un rêve qui revenait chaque nuit la hanter de façon récurrente. À la manière d'un film elle assistait au naufrage d'un catamaran pris au piège dans un typhon. Une petite fille de sept ans environ lui ressemblant énormément s'accrochait aux cordages en hurlant à l'aide tandis que ses parents étaient éjectés au cœur du tourbillon au milieu des débris du bateau qui se désagrégeait petit à petit. À l'opposé de cette scène de cauchemar s'ensuivait le calme plat. Dans la mer redevenue paisible, la fillette flottait cramponnée à un unique bidon de plastique blanc qui avait dû servir à transporter les effets personnels de la famille. Puis un bateau de plaisance arrivait au loin et c'était à ce moment-là que Samantha se réveillait en sursaut.
    Sur les conseils appuyés de sa mère, elle consulta en quelques années la totalité des psychiatres de la région mais jamais aucun ne trouva de réponse vraisemblable à lui donner. Ainsi  elle endura chaque nuit le même calvaire sachant qu’elle n’osa aborder l’hypothèse d’une possible adoption car elle avait suffisamment confiance en sa mère pour savoir qu’elle ne lui cacherait pas un tel secret bien que cela était inscrit dans les mœurs familiales de parler à demi-mots par sous –entendus : les silences omniprésents étaient lourds de sens et les mots pesés avec soin pour ne froisser quiconque.
    Perdue dans ses pensées elle n'avait pas vu le soleil décliner. « Déjà 18:00 ! » S'exclama-t-elle intérieurement en s'empressant de rassembler ses affaires. Elle remonta le long de la plage et longea le sentier côtier jusqu'au manoir de ses parents. Postée à la fenêtre comme à son habitude Catherine Duval délaissa sa lecture pour aller l'accueillir au portail afin de la sermonner :
     - Pourquoi rentrer à une heure pareillement tardive Samantha ? Vous pourriez faire de mauvaises rencontres en chemin sait-on jamais…
    - J’ai seulement fait un détour par la plage pour apprécier le coucher du soleil, soupira sa fille, exaspérée par ce discours tenu maintes fois par sa mère.
    Elle la précéda jusque dans le vestibule où Catherine prit soin de lui rappeler d’ôter ses sandales avant de passer au salon où le sol venait d’être impeccablement récuré par Josette la vieille femme de ménage qui servait la famille aussi loin que Samantha s’en souvienne. Josette était discrète à en être fantomatique, parlait peu mais n’en pensait pas moins comme l’adolescente avait souvent pu le constater. Puisque la vieille domestique comptait sur ce travail à temps plein pour faire vivre toute sa famille, elle ne la dénonça jamais à sa mère mais régulièrement la surprit à se tromper sciemment  de condiment lors de la préparation des repas de la journée, à chambouler le rangement des placards ou à mettre son grain de sel dans les dîners mondains organisés par sa patronne  dès que celle-ci  se montrait méprisante envers elle qui devenait inexplicablement indésirable lorsque le gratin des armateurs de la région était convié pour des soirées d’affaires.
    Ce soir là Josette aurait du finir plus tôt mais les deux femmes la découvrirent encore dans le salon à épousseter vaguement un lustre : en réalité elle les avait attendues patiemment :
    - Vous pouvez disposer Josette annonça Catherine.
    La ménagère ne daigna pas répondre instantanément comme elle aurait du : Samantha lut même dans ses yeux un mépris et une colère froide qui ne lui étaient pas coutumiers
    - Ca ne se passera pas comme ça, vous ne pouvez pas éternellement nier votre faute face aux juges Madame, persifla-t-elle en agitant un bidon en plastique blanc à bout de bras. J’ai trébuché là-dessus lorsque je suis descendue chercher un chiffon propre à la cave et il y a des vêtements et des jeux d’enfant dedans. Il y a prescription me direz-vous  mais c’est curieux que les secrets les mieux gardés refassent surface seulement maintenant n’est-ce pas ?
    - Je ne vois pas de quoi vous parlez ma chère, disparaissez de ma vue, répliqua sèchement sa maîtresse, les lèvres serrées.
    Josette s’exécuta de mauvaise grâce et s’éclipsa non sans avoir pris soin de poser le bidon en évidence là où Mme Duval buvait sa tisane chaque soir en lisant un peu de poésie avant de dormir.
     
    20h00
     
    Le dîner fut particulièrement amer mais ni Catherine ni Samantha ne s’en plaignit trop occupées à se dévisager placidement d’un regard à la fois évocateur et courroucé. Aucune parole ne fut échangée, seul le cliquetis des couverts et le bruissement des serviettes rythmèrent les phases successives du repas.
De temps à autre elles épiaient du coin de l’oeil le bidon clairement porteur de bien des traumatismes.
    - Mère, Genma requiert mon aide toute la journée de demain durant, je ne pourrais assister à mes classes de remise à niveau, avança prudemment Samantha au moment du dessert.
    - Vos études passent en premier, rétorqua laconiquement sa mère.
    La jeune fille baissa les yeux, elle se savait en terrain glissant si elle contredisait sa mère sur ce point.
Pourtant une pointe de déception vint la tarauder car cela lui enlevait l’occasion d’échapper pour une fois encore aux contraintes sociales et protocolaires imposées par son milieu.
Elle ne se sentait complètement vivante que lors des rares occasions où elle descendait jusqu’au village pour effectuer un emploi d’auxiliaire de vie chez Genma Gekko doyenne du faubourg et vieille navigatrice à la retraite de son état. Les récits de voyage de la vieille femme la fascinaient à tel point qu’elle aurait rêvé d’être sa petite-fille juste pour l’accompagner dans ses périples vers des contrées aussi paradisiaques qu’inexplorées par l’homme : selon Genma celui-ci était bien stupide de penser avoir tout découvert, tout expérimenté car le monde avait plus d’une merveille dans son sac.
    Après que tout ait été desservi Samantha monta dans sa chambre se préparer pour la nuit puis redescendit au salon consulter son Iphone posé sur le rebord de la cheminée.
Le reste de la soirée se passa dans un silence absolu.
    - Il est temps d’aller dormir, déclara finalement sa mère deux heures plus tard.
    - Etant donné le comportement de Josette vous me cachez quelque chose, qu’est ce donc pour vous mettre dans un tel état de nerfs ?
    - Ce n’est rien qui doive vous inquiéter pour l’instant. Allez dormir à présent, vos cours de rattrapage commencent à la première heure. Ensuite vous assisterez au séminaire de bonnes manières que je vous ai suggéré la semaine passée je vous prie. Ceci fait vous pourrez prendre du bon temps au village si le cœur vous en dit mais pas avant.
    En son for intérieur Samantha se surprit à ricaner : le lendemain à l’heure où la maisonnée se mettra en branle elle serait déjà loin. La première partie de son plan était déjà en marche: elle allait fuguer.

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  • 22h30
     
    Samantha frissonna sous sa veste légère. Un vent glacial agitait les branches des platanes ascétiques qui entouraient la petite place du village menant à la base nautique.
    "Une vraie météo d'octobre à la mi-juillet... " pensa-t-elle en remontant son col.
    Elle voulut traverser la placette au pas de course lorsqu'une voix éraillée la héla et la fit presque sursauter:
    - Que fais-tu dehors à une heure pareille Samantha?
    C'était Genma et l'intéressée paniqua. Néanmoins suffisamment polie pour ne pas le montrer, la jeune fille se ressaisit et se composa un sourire jovial:
    - Bonjour Genma, comment allez-vous depuis ce week-end? Avez-vous besoin de quelque chose?
    - Je vais très bien merci. Je n'arrivais pas à dormir donc je suis sortie prendre l'air. Peu importe... ce qui compte c'est toi, une jeune fille de ton âge ne devrait pas se promener seule à la nuit tombée. Tu ferais mieux de rentrer chez toi: je vais même t'accompagner...
    Samantha déglutit, la gorge nouée:
    - Au point où j'en suis ma décision est prise: même si fuguer n'est pas la solution idéale à mes problèmes je ne ferais pas marche arrière. Honnêtement je suis en train de réaliser un rêve que j'ai toujours désiré en secret, faire le tour du monde.
    - Malheureuse! Tu ne comptais pas partir de nuit j'espère? Attends chez moi jusqu'au matin je trouverais un prétexte pour justifier à ta mère ton escapade nocturne vu qu'elle ne manquera pas de s'en apercevoir.
    Etonnée son employée la dévisagea avec stupéfaction:
    - Merci pour votre aide vous êtes bien la première personne à ne pas vous scandaliser d'une telle décision.
    - Tout simplement parce que j'ai fait de même à ton âge. Depuis toute petite je rêvais d'être navigatrice. Le voyage représentait pour moi l'ouverture d'esprit de l'aventurier curieux et l'épanouissement de ma féminité en tant que femme libérée. Depuis des générations c'est ainsi que les mères éduquent leurs filles chez les Gekko. Une femme doit construire sa féminité et son avenir selon ses choix et non ceux que lui imposent certains stéréotypes féminins actuels. Ma fille Samia était elle aussi en passe de devenir une excellente navigatrice mais sa carrière a été brisée par la mort de sa chère petite Natsuhiko il y a dix ans dont elle se croit responsable...
    - Arrêtez de vivre dans le passé, cela n'apporte rien de bon de ressasser encore et encore des souvenirs douloureux.
    En même temps qu'elle prononçait ces mots, l'adolescente songea à ses propres cauchemars angoissants et constata qu'elle n'était pas la mieux placée pour donner des conseils sachant qu'elle baignait depuis l'enfance dans le même état d'esprit sans parvenir à l'admettre.
    - Je regrette tellement l'époque heureuse où toute la famille était unie et où on passait ensemble des vacances tout autour du monde. Je prenais un réel plaisir à partager mes connaissances du monde et mon expérience de la mer avec Natsuhiko et son petit frère Riotaka. As tu entendu parler de la légende de la Cité des rèves qui court sur le triangle des Bermudes? Utopia, la cité où tous vos rêves deviennent réalité?
    Ce nom évoqua vaguement quelque chose à Samantha qui vit des lambeaux de souvenirs fantomatiques et lointains remonter à la surface mais elle n'y prêta pas attention car cela semblait angoissant et étroitement lié à ses cauchemars:
    - N'écoutez pas les rumeurs Genma, un tel endroit ne peut exister du point de vue même des lois physiques.
    - Pour une future navigatrice je te trouve plutôt pragmatique. L'idée qu'il puisse exister un tel lieu utopique, aussi mystérieux et inexploré par l'homme soit-il, n'est t elle pas attrayante?
    Au fait cela te dérangerait t il si je partais avec toi? Tout compte fait je te ferais part de mon expérience, ce qui n'est pas du luxe dans ton cas.
    - Je me vois mal refuser. Avez vous gardé le bateau que vous pilotiez plus jeune?
     
    23h00:
     
    Genma actionna l'ouverture automatique de son garage et invita Samantha à jeter un coup d'oeil à l'intérieur. Un catamaran usé par le temps dont le nom soit "Carpe Diem" était à moitié effacé trônait au milieu d'un capharnaïum de cordages et d'outils de navigation:
    - Vous êtes sûre qu'il fonctionne encore? s'enquit Samantha en zigzaguant jusqu'au bateau pour mieux l'inspecter. Il aurait peut-être besoin d'un coup de frais, non?
    - Il est en parfait état de marche, répondit Genma en vérifiant l'état des cordages nécessaires pour gréer correctement l'embarcation. Ces bateaux là ont l'avantage d'être pratiquement inusables. Au risque de te décevoir je ne tiens pas à partir dès minuit; attendons l'aube, ensuite on avisera.
    - A vrai dire, c'est vous la spécialiste.
     
    Minuit:
     
    Vêtue d'une fine chemise de nuit pailletée Samantha se glissa sous la couverture que son employeuse avait disposée sur le futon qui lui tenait lieu de canapé en l'invitant à finir sa nuit dans le salon à côté du poêle sur lequel étaient encadrées des photos de famille. Lorsqu'elles passèrent dans son champ de vision avant qu'elle s'endorme, Samantha fut passablement étonnée de pouvoir reconnaître certains visages sans pour autant mettre de noms dessus. Elle pensa qu'elle avait une étrange impression de déjà vu mais sa mémoire resta close et sourde à ses sollicitations.
    Mais dès qu'elle ferma les yeux ses cauchemars revinrent à la charge. Cette fois elle perçut nettement des sons venus d'ailleurs. Une voix inconnue l'appelait inlassablement... Une voix de petite fille hurla à son tour; était-ce la sienne?
    "Maman..." Elle se réveilla en larmes, entortillée dans ses couvertures et couverte de sueur.
    - C'est quoi ce boucan! s'exclama Genma qui accourut par l'escalier reliant le salon et sa chambre. On a toutes les deux besoin d'une bonne nuit de sommeil avant le départ! Pas question de faire la sieste quand on sera en mer, alors retourne vite au lit.
    " Si ce maudit cauchemar arrêtait de me prendre au dépourvu, je pourrais dormir..." songea Sam amèrement:
    - Je rêvais, rétorqua-t-elle simplement.
    L'expression de Genma s'adoucit:
    - Je t'ai entendue appeler ta mère. Pourrais-tu m'en dire plus?
    Sam hésita avant de répondre:
    - J'ai tout oublié de ma vie d'avant depuis ce jour fatidique où Madame Duval m'a adoptée. Tout ce qu'il en reste ce sont ces cauchemars horribles qui ne me laissent aucun répit dès que la nuit tombe. Jusqu'à aujourd'hui c'était une petite fille étrangère à moi-même qui en tenait le rôle principal mais maintenant je réalise qu'elle pourrait être une facette de moi-même que j'ai volontairement renié depuis dix ans pour contrer cette amnésie qui me vole mes souvenirs un par un...
    Genma ne trouva pas les mots adéquats pour la consoler et préféra se taire. Elle arrangea simplement les couvertures, la prit par les épaules dans un geste réconfortant et lui proposa du regard de se rendormir calmement. Elle la borda et la regarda avec compassion alors qu'elle remontait dans sa propre chambre:
    - Bonne nuit Samantha.
     
    6h00:
     
    L'aube s'esquissait; après avoir dormi quelques heures les deux voyageuses s'habillèrent de combinaisons et s'équipèrent de bidons en plastique étanche qui allaient contenir leurs effets personnels lors du voyage:
    - Tiens avale ça! Ce sont des comprimés contre le mal de mer, expliqua Genma à la jeune novice en lui tendant une boîte remplie de pilules rondes à la menthe.
    Elle en avala une également et ajouta:
    - Et voici un jus de fruit d'oranges pressées et des barres céréales en guise de petit déjeuner pour te redonner de l'énergie maintenant car il ne sera pas envisageable de faire une pause avant un bon moment dans le sens où les courants de l'Atlantique peuvent assez rapidement te piéger.
     
    7h00:
     
    Samantha s'assura que les safrans étaient correctement vissés tandis que Genma vérifiait une dernière fois la solidité des cordages. Ces derniers contrôles techniques effectués les deux femmes poussèrent le bateau vers les vagues. Tandis que l'une choquait le foc et donnait du mou à la grande-voile, l'autre se hissa à la force des bras sur le trampolline et saisit la barre afin d'aligner les safrans.
    - Bravo pour une néophyte qui a seulement appris dans les livres! félicita la vieille dame.
    La jeune fille se mit à rire:
    - Encore heureux que j'ai le pied marin si mon rêve est de naviguer à travers le monde entier. On y va?
    - On y va. Tire à fond sur la barre sauf si tu as le vertige!
     
    8h00:
     
    Catherine Duval frappa doucement à la porte de la chambre de sa fille. Inquiète de ne pas entendre celle-ci réagir elle entra. Ce qui la frappa avant toute chose fut de voir la pièce impeccablement rangée et nettoyée alors qu'elle avait l'habitude de la supplier pendant des jours entiers pour que seuls les deux mètres carrés réserfés au coin bureau soient à peu près en ordre:
    - Il est déjà huit heures Samantha. Ne deviez-vous pas vous réveiller plus tôt pour être en cours à la demie?
    Elle se rendit compte en retard qu'elle parlait dans le vide. Pas de réponse. Elle passa dans la petite salle de bains attenante. Personne.
    Refusant de céder à oa panique elle inspirait profondément lorsque son regard tomba sur le mot posé en évidence sur la table de chevet:
     
    " A l'approche de ma majorité il est temps que je vole de mes propres ailes Mère. Vous ne pouviez pas me m'enfermer dans une prison dorée jusqu'à ce que je devienne adulte. Quitte à me marier très tôt j'estime avoir le droit de profiter de la jeunesse qu'il me reste pour voyager et découvrir qui je suis vraiment. Abandonnez les démarches d'inscription en faculté de médecine, je ne serais revenue que dans quelques mois.
    Au plaisir de vous revoir prochainement.
     
    Samantha Marie Duval-De la Thénardière"
     
    Madame Duval manqua défaillir en prenant conscience que sa fille avait fugué. Elle allait mettre tout en oeuvre pour la retrouver. A propos de mariage elle avait négocié avec l'une de ses amies, adjointe du maire pour que Samantha soit invitée au rallye organisé par celui-ci pour marier son fils. Mais Samantha était déjà loin.

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  • Samantha et Genma traversèrent l'Atlantique en moins d'une semaine d'abord à cause de leurs maigres provisions, ensuite xcar elles naviguaient à vive allure ne s'accordant que quelques siestes courtes toutes les trois ou quatre heures à tour de rôle. Elles manquèrent de dessaler à plusieurs reprises mais grâce à l'eexpérience de Genma elles en ressortirent à chaque fois indemnes. La proximité créée par leur cohabitation les aida à mieux se connaître: pour tromper le temps elles discutèrent de tout et de rien à propos du passé et de l'avenir puis de leurs vies respectives puis elles se plurent à imaginer à quoi pouvait bien ressembler Utopia.
    Au bout d'une semaine alors qu'elle prenait la barre Samantha aperçut de loin un amas de vagues qui tourbillonnaient bizarrement, entraînées par un courant encore plus puissant qu'un tsunami. Elle réveilla sa compagne instantanément:
    - Genma, réveillez vous! Le triangle des Bermudes ne devrait plus être loin...
    - Hein? Quoi? marmonna la vieille dame encore ensommeillée.
    -Bermudes en vue!
    - Déjà?! Non c'est impossible!
    Elle plissa les yeux, éblouie par les premières lueurs de l'aube et vit avec effroi les courants tourbillonnants mus par le vent attirer inexorablement le catamaran vers l'épicentre du typhon. Elle cria pour couvrir le bruit des rouleaux:
    - Je vais descendre en trapèze afin de rééquilibrer le bateau! Contente toi de réduire l'allure mais sans toucher à la grand-voile sinon on vire de bord au moindre faux-pas! Quand je te ferais signe, saute pour ne pas être piégée  par les cordages lorsque l'attraction aura pris le dessus sur mes vieux muscles! Adieu, nous nous reverrons peut-être au paradis!
    Lorsque Genma descendit en trapèze Samantha réalisa que c'était probablement la dernière fois qu'elles se parlaient. Seulement elle n'avait pas le choix: survivre impliquait désormais de se laisser emporter corps et biens vers les profondeurs. Lorsque le "Carpe Diem" atteignit les abords tumultueux de l'épicentre des Bermudes, Genma leva le pouce. La peur au ventre Samantha eut à peine le temps de décrocher son bidon étanche de la drisse et sauta sans réfléchir. Elle fut aussitôt happée par les bas-fonds sous-marins assommée par le catamaran qui se retourna soudain à cent quatre vingt degrés. Des milliers d'étoiles dansèrent devant ses yeux et elle perdit connaissance. Chute sans fin. Froid mordant. Noir total.
     
    Une onde de chaleur douce passa sur son visage. Ses narines inhalèrent une délicieuse odeur de cannelle. Une mélopée harmonieuse sublimée par des accords mélancoliques à la harpe charma ses oreilles.
    Samantha cligna des yeux, étourdie par sa chute abyssale. Elle recouvra lentement ses esprits et ses sensations allongée sur un large lit en forme de coquillage fait d'éponge et d'algue, une texture ferme, moelleuse et polymorphe à la fois. Elle se tâta de la tête aux pieds et constata sans surprise qu'elle était couverte de bandages. Jetant un regard circulaire sur la pièce ovoïde en forme d'océarium où elle venait de se réveiller elle entrevit Genma la veillant avec attention, assise dans un fauteuil-coquille fait de corail rouge vermeil:
    - Enfin te voilà réveillée! Au bout de deux jours je commençais à m'inquiéter...
    - QUOI? J'ai dormi... deux jours de suite?!?
    - Tout à fait. A ce propos nous demeurons depuis lors aux abords d'Utopia dans ce qu'ils appellent des F3C: ce sont des centres d'accueil pour les réfugiés en attente d'un titre de séjour. Nous sommes logés ici provisoirement tous frais payés le temps de recevoir des cartes d'identité utilisant la technologie du morphing qui nous permettront de circuler librement dans la ville intra muros.
    - Heureusement le confort est au rendez-vous comparé à un Formule 1, soupira Samantha en s'appuyant sur un coude pour se lever.
    - Reste au lit pour l'instant, tes blessures sont loin d'être guéries. Tu auras besoin de repos pour récupérer suffisamment.
    - Je me sens très bien et je ne vais pas rester alitée alors que je suis très curieuse de voir à quoi ressemble Utopia.
    - A toi de voir, c'était un simple conseil.
    Samantha s'assit sur le bord du lit, les jambes dans le vide le temps de reprendre ses esprits. Tandis qu'elle s'habillait à la va-vite, elle grimaça lorsque son cou l'élança. En soulevant sa lourde chevelure auburn, elle fut étonnée de découvrir en se regardant dans un miroir face à elle une large cicatrice courant le long de sa nuque qu'elle n'avait jamais remarquée auparavant et dont elle ignorait l'origine.
     
    " - Bienvenue à Utopia la cité où tous vos rêves se réalisent! Jeunes, vieux, riches, pauvres Utopia vous accueillera à bras ouverts: vous y profiterez d'une qualité de vie incomparable et vous deviendrez enfin acteur de votre vie et du monde qui vous entoure!"
     
    Le mot d'accueil clignota encore quelques instants sur l'écran géant puis fut remplacé par le flux RSS de l'actualité de la journée, relayée par les réseaux Web du monde entier.
    Soudain Samantha sursauta en voyant une photo d'elle s'afficher en gros plan surmontée du logo d'Interpol:
    - Pourquoi vous ne m'avez pas prévenue que Mère avait lancé un avis de recherche aux familles?
    - Concrètement nous nous trouvons six pieds sous la mer donc il est inutile de s'en inquiéter du moins dans l'état actuel des choses. Par ailleurs il me semble utile de te rappeler que tu n'as jamais porté Catherine Duval dans ton coeur.
    - Elle a un caractère insupportable avec ses airs maniérés et ses principes éducatifs stricts mais... je lui dois la vie quand même!
    - Ne sois pas naïve, même si elle l'a fait par pur instinct maternel tu ne m'enlèveras pas de l'idée qu'elle manigance quelque chose même si je ne saurais déterminer quoi exactement.
    Sur ce Genma guida sa protégée vers un baraquement surmonté d'une pancarte "Nouveaux arrivants" accolé aux portes de la ville:
    - Essayons de ne pas nous faire remarquer alors qu’on vient à peine d’arriver. Je devrais t'enregistrer comme étant ma petite-fille, non? C'est ce qui me paraît le plus crédible mais si cela te dérange je te laisserais décider.
    - Vous voudriez que je prenne la place d'une disparue? Ca me fait froid dans le dos, répliqua Samantha.
    Secrètement elle l'avait toujours désiré de toutes ses forces mais pas maintenant et pas dans ces conditions.
    " Physiquement tu as vieilli mais tu restes au fond de toi la petite-fille rayonnante que tu étais à sept ans" sourit Genma intérieurement mais elle s'abstint de faire part de ses doutes à Samantha. Celle-ci n'était pas encore prête à écouter ce qu'une vieille dame de 80 ans avait à lui raconter sur la vie...
    - C'est pour aujourd'hui ou pour demain? Il commence à se former une telle file d'attente que je vous demande poliment d'aller régler vos comptes ailleurs et de me laisser faire mon travail, s'il vous plaît.
    - On ne se dispute pas, on s'explique! Rétorquèrent en choeur les deux intéressées.
    - Admettons... Vos noms et prénoms?
    - Je m'appelle Genma Gekko et voici mon employée, Samantha Duval.
    La guichetière tiqua, le sourcil levé:
    - Mademoiselle ne seriez-vous pas la fille de l'avis de recherche? S’enquit-elle à l'adresse de Samantha.
    Prise de panique, celle-ci se frotta nerveusement les cheveux:
    - En effet c'est moi. Vous n’allez pas me dénoncer à Interpol, n'est ce pas?
    - Nous avons seulement accès aux dossiers en cours et si je tape "Samantha Duval" je suis sûre que vous correspondez au signalement fourni. En fait le truc qui me dérange en consultant les archives d'Interpol à ton sujet est que tu fais l'objet d'une demande de papiers d'identité toujours en cours mais qui date d'au moins dix ans. Malgré tout je dois me résigner à te rapatrier chez toi et ne pas feindre comme si de rien n'était. Réponds tu au signalement décrit dans la déposition?
    - Oui, avoua Samantha vaincue.
    - Si tu avais été majeure tout aurait été bien différent, on aurait trouvé un arrangement quelconque à l'amiable. Mais tu n'as que dix-sept ans.
    - J'ai bouillonné d'impatience dans l'attente du jour où je pourrais enfin voler de mes propres ailes et voyager à travers le monde entier. Désormais je ne peux plus reculer.
    - Ele a été adoptée, se permit d'intervenir Genma. Elle a une adolescence très difficile compte tenu du fait qu'elle aie évolué successivement dans deux milileux sociaux totalement antagonistes.
    - Je comprends tout à fait madame mais Samantha Duval n'a aucune existence civile. Dans l'état civil son nom n'est mentionné nulle part et n'est relié à aucun document officiel.
    - Mère a quand même fait une demande qui a été acceptée puisqu'elle n'aurait quand même pas osé m'adopter illégalement? Par alleurs j'ai passé le bac sans encombres. Elle a toujours considéré que c'était à moi de faire les démarches nécessaires à ma majorité.
    - Je n'ai aucun moyen de le prouver mais je peux affirmer avec une quasi-certitude que cette identité qui est devenue la tienne est purement factice.
    Ce ne serait quand même pas si simple mais la demande de papiers toujours en suspens datant d'il y a dix ans se recoupe bizarrement avec une autre affaire de disparition encore et toujours non résolue en ce jour. Je veux parler d'une petite fille qui s'est miraculeusement tirée des griffes des Bermudes mais qui n'a pourtant pas été retrouvée depuis lors même après des recherches acharnées menées par sa famille. Elle s'appelait Natsuhiko, Natsuhiko Gekko et aurait dix sept ans comme toi si seulement elle était encore vivante!

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  • avatarp_1736_63389
    Status: Ongoing
     
    Chapitre 1>> paru le 29/01/12
     
    Chapitre 2>> paru le  3/06/12
     
    Chapitre 3>> paru le 7/06/12
     
    Chapitre 4>> paru le 28/07/12
     
    Chapitre 5>> paru le 31/07/12
     
    Chapitre 6>> paru le 5/08/12
     
    Chapitre 7: en phase de réflexion ...

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  • Samantha se réveilla en sursaut et cligna des yeux, désorientée. Son dos reposait sur une surface douce et moelleuse ; elle  éprouva la sensation d’être reposée après avoir dormi longtemps. Elle tangua lorsqu’elle essaya de se redresser et réalisa qu’elle se trouvait dans la cabine d’un bateau.  Par le hublot la mer étincelait paisiblement.
    - Vous êtes réveillée ?
    Samantha sursauta et se retourna. Une femme resplendissante se tenait dans l’embrasure de la cabine et lui souriait :
    - Bonjour je m’appelle Samia Gekko. Je suis la fille de Genma.
    - Ravie de vous rencontrer elle m’a beaucoup parlé de vous. Pour ma part je suis Samantha Marie Duval-de la Thénardière.
    Samia ne se départit pas de son sourire, admirative :
    - Etes vous la fille de Catherine ? Cela me semble étonnant qu’elle vous ait laissée faire le tour du monde à un âge aussi jeune.
    - Vous connaissez ma mère ? s’exclama Samantha stupéfaite. En fait elle n’est pas au courant… Au fait qu’est ce qui m’est arrivé ? Où est Genma ?
    - Je vous ai repêchées inconscientes au niveau du triangle des Bermudes et vous avez toutes deux dormi trois jours entiers.
    «  J’aurais pourtant juré qu’Utopia  était bien réelle » songea Samantha.
    - Etait-ce l’idée de Genma ? s’enquit Samia.
    - Quel est le sens de votre question ? répondit Samantha.
    - Cette partie de l’Atlantique est dangereuse même pour une navigatrice expérimentée.
    - Je ne l’ai pas forcée à m’accompagner. Elle a fait ce choix de son plein gré.
    - Décidément elle ne s’est pas assagie avec l’âge. Elle sait pourtant que sa santé défaillante ne lui permet plus de prendre le large !
    - Je ne me voyais pas refuser son aide, je ne suis pas suffisamment expérimentée pour partir seule en mer…
    - Je ne te blâme pas ! s’exclama Samia. Genma a toujours été si téméraire. Viens manger un morceau tu dois être affamée. Mon fils Riotaka a préparé un plateau de fruits de mer dont tu me diras des nouvelles.
    Elle l’aida à se hisser sur le pont et la précéda dans une cabine annexe qui servait à la fois de cuisine et de salon. Le dénommé Riotaka et Genma étaient attablés autour d’un plat de fruits de mer disposés en assortiment apéritif.
    - Bonjour Samantha, as tu bien dormi ? s’enquit Genma.
    La jeune fille acquiesça avec un sourire en observant Riotaka à la dérobée. Brun aux yeux noisette il avait le teint légèrement hâlé. Elle avait l’impression de l’avoir déjà rencontré quelque part mais avait oublié où et quand.
    - Je vais faire les présentations, enchaîna Samia. Riotaka voici Samantha. Samantha voici mon fils Riotaka.
    - Enchanté, sourit le jeune homme en attrapant une crevette.
    - Moi de même ravie de te connaître, répondit Samantha troublée.
    Elle était quasiment certaine de le reconnaître :
    - On ne s’est pas déjà rencontrés quelque part ? demanda-t-elle le sourcil levé.
    - Impossible de l’affirmer mais je suppose que non. Je fais peut-être erreur…
    - Ne t’en fais pas juste une troublante impression de déjà vu.
    Genma la regarda du coin de l’œil avec étonnement. Elle précisa en se resservant en langoustines :
    - J’ai trouvé indélicat de vous en faire part en l’absence de Samantha mais elle souffre d’amnésie depuis dix ans. Au delà de ses sept ans elle ne se souvient de rien à propos de son enfance.
    Cette déclaration jeta un froid. Tous les regards se tournèrent vers Samantha qui rougit légèrement :
    - C’est ce que la plupart des psychiatres ont diagnostiqué pour rassurer ma mère mais je ne suis pas sûre que ce soit exactement ce dont je souffre. Il y a fort à parier que j’ai fait une expérience de mort imminente.
    - En effet cela expliquerait tes cauchemars, supposa Genma en se décalant pour lui permettre de s’asseoir.
    - Quoi ! J’ai encore parlé pendant mon sommeil ? demanda Samantha.
    - Pas du tout, tu n’as pas à t’inquiéter de ce côté là. Par contre je n’avais jamais remarqué que tu portes une cicatrice au niveau de la nuque qui court tout autour de ton cou. Qu’est ce qui t’est arrivé ? Serait ce la raison pour laquelle tu as arrêté de pratiquer la voile ?
    - Je n’ai jamais pris de cours de voile.
    - En es-tu certaine ? Pour une débutante tu es plutôt douée dans le domaine.
    - C’est parce que j’ai appris dans les livres en compensation de prendre des cours ce que Mère m’a constamment interdit.
    - Tu ne t’es jamais demandé pourquoi ? intervint Riotaka médusé.
    Samantha ne répondit pas et baissa les yeux :
    - Peut on parler d’autre chose ? C’est un moment dur de ma vie dont je n’aime pas me rappeler…
    Soudain un courant mouvementé fit basculer le bateau et Samantha trembla de frayeur en se cramponnant solidement  à la table en face d’elle.
    Une expression teintée de peur se peignit sur son visage lorsque des images effrayantes de son accident en mer lui revinrent en mémoire. Elle se recroquevilla sur elle-même en proie à une crise d’angoisse qui la prit au dépourvu.
     
    - N’aie pas peur.
    La mer était redevenue calme ; elle reprit contenance en acceptant le verre d’eau fraîche que Riotaka lui tendait. Elle le but à petites gorgées en reprenant ses esprits. Sans s’y attendre elle se retrouva en tête à tête avec Riotaka, Genma et Samia étant parties discuter sur le trampoline afin de vérifier la position des voiles et des safrans.
    - Tu as seulement dix sept ans mais tu as l’air d’avoir beaucoup enduré, lui fit remarquer Riotaka.
    Samantha regarda tristement son reflet au fond du verre :
    - C’est vrai je n’ai pas eu une adolescence facile. Mais j’ai au moins le mérite d’avoir surmonté les épreuves qui se sont présentées à moi même si je ne suis pas devenue celle que j’aurais voulu être en grandissant. Devenir la parfaite jeune bourgeoise ne m’intéresse pas le moins du monde. Je veux voyager, découvrir de nouveaux horizons… mais malheureusement je reviens à la case départ et je n’aurais plus jamais l’opportunité de sortir du carcan social de mon milieu.
    - Et si tu décidais de tout plaquer ?
    - Ce n’est pas si facile. Catherine Duval m’a quand même sauvé la vie et je ne pourrais jamais suffisamment la remercier pour ce geste. Je ne demande qu’à voler de mes propres ailes mais elle ne me permettra jamais pour me punir de ma tentative de fugue. Une princesse dans une prison dorée voilà ce que je suis devenue et ce que je vais rester pour toujours. Utopia, la cité où tous vos rêves deviennent réalité… ce n’est pourtant qu’une légende, comment ai-je pu être aussi naïve ?
    - La cité des rêves n’est peut-être qu’une légende que les navigateurs se transmettent de génération en génération mais on raconte qu’elle a le pouvoir d’exaucer le vœu le plus cher de celui ou celle qui ose partir à l’aventure en quête de soi sans savoir où aller.
    - J’ai du mal à croire à ces choses là mais c’est un drôle de hasard du destin que je me trouve à bord de ce bateau même si je me doute que c’est en partie grâce à Genma.
    Riotaka se mit à rire :
    - De quoi tu te plains ? A l’heure qu’il est vous serviriez sûrement de dîner à un banc de poissons six pieds sous l’Atlantique si on ne vous avait pas porté secours.
    - Ce n’est pas ce que je voulais dire. La mer doit me détester, cela fait la deuxième fois de ma vie que je suis victime d’un dessalage qui aurait pu m’être fatal.
    - Si tu cherches les accidents tu les trouves. Le triangle des Bermudes n’est pas la région la plus hospitalière de l’interface atlantique tout de même !
    - Ce n’est pas drôle !
    - Mieux vaut en rire qu’en pleurer… L’essentiel est que tu sois en vie.
    Gêné il reprit sur un ton plus sérieux :
    - Moi non plus mon adolescence n’a pas été rose bonbon. J’ai été profondément marqué par la perte de ma grande sœur il y a dix ans de cela. Elle aussi elle a eu un grave accident de catamaran mais contrairement à toi elle n’a pas survécu. Et j’ai mis très longtemps à faire mon deuil. Disons que maintenant j’essaye de voir la vie du bon côté pour éloigner l’angoisse et la tristesse. Nous étions quasiment devenus inséparables …
    On formait une belle équipée avec Ino, elle et moi.
    - Ino ?
    - C’est mon meilleur ami, Inoichi Takeshi. Je te le présenterais lorsqu’on sera arrivés, il travaille comme bénévole à la base nautique d’Izigny cet été.
    - Mais j’habite justement là bas ! Je l’ai probablement déjà croisé.
    - Ce n’est pas possible car chaque année il vient seulement l’été depuis Brest pour travailler à la base nautique au mois de juillet avant de partir en vacances en Corse avec ses parents.
    Il se leva et s’empara d’un album de photos de vacances posé sur le rebord du hublot. Il l’ouvrit à la première page et le lui tendit :
    - Tiens regarde là c’est nous trois sur la plage avant notre premier stage de catamaran.
    Le cliché montrait les figures rayonnantes de trois enfants habillés de combinaisons de plongée flambant neuves. Avant que Riotaka ne lui indique à qui correspondait tel ou tel visage elle reconnut d’instinct celui d’Inoichi. Sa lèvre inférieure trembla lorsqu’elle croisa le regard espiègle de la grande sœur de Riotaka au centre du cliché. C’était incroyable, à la fois fascinant et troublent de voir qu’elle ressemblait trait pour trait à la fillette qu’elle entrevoyait dans ses cauchemars. Intriguée Samantha n’osa pas poser davantage de questions et rendit l’album photo à Riotaka avec un sourire. Il lui sourit en retour et elle réalisa qu’il avait compris la nature du sentiment d’incompréhension qu’elle ressentait lorsqu’il la regarda différemment, non pas avec curiosité mais étonnamment avec compassion.
     
    Josette prit son service à onze heures comme d’habitude et alla chercher un chiffon et une bouteille de produit à vitres à la cave. Catherine Duval était sortie faire un golf avec ses amies pour se changer les idées et sa femme de ménage en profita pour examiner le tiroir toujours soigneusement fermé à clé du guéridon du vestibule dont elle avait subtilisé la clé grâce à un moment d’inattention de sa maîtresse lorsque celle ci vérifiait son maquillage avant de sortir. A sa grande surprise elle y trouva un porte-carte en cuir usé dont elle avait jusqu’à présent ignoré l’existence. Sa curiosité piquée au vif elle l’ouvrit avec précaution et découvrit à l’intérieur des papiers d’identité au nom de Natsuhiko Gekko.

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