• Chapitre 4: Les copains d'abord:

    Le soir même j'avais repris une vie normale, enfin "normale" comme la plupart des gens concevaient la normalité. Croyais retrouver ma liberté ma majorité arrivée, or vaste désillusion: ma famille d'accueil allait en effet m'avoir à charge jusqu'à mes vingt et un ans.
    Maussade, j'acquiesçai sans réfléchir à toutes les règles de vie commune qu'ils m'imposèrent; une douleur indéfinissable enserrait ma poitrine et je ne pouvais rien y faire mis à part la supporter le temps qu'elle s'estompe d'elle-même.
    Allongée dans le noir  je ne fermai pas l'oeil de la nuit: me mis à compter les heures s'étirant aussi lentement que des chewing-gum, sans la voir disparaître.
    A l'aube je n'y tins plus. J'empaquetai soigneusement mes quelques fringues et mon nécessaire de toilette aussi discrètement que possible. Sans un regard en arrière, pour la première fois de ma vie, je fuguai.
     
    A mesure que je progressai vers la seule station de métro encore en service du quartier la douleur dans ma poitrine s'intensifia, devint si insupportable que je dus m'arrêter un moment, adossée à un pan de mur décrépi, le temps de reprendre ma respiration.
    Affaiblie, me glissai à l'abri d'un hall d'immeuble abandonné afin de m'assoupir quelques heures emmitouflée étroitement dans une vieille doudoune trouvée par hasard sur la rampe de la cage d'escalier.
    Avant que je ne tombe de sommeil, mes yeux notèrent un mystérieux graffiti affublé d'une flèche dirigée vers la cage d'escalier tordue en colimaçon vers le toit vitré de l'édifice: "Bienvenue au Radeau de la Méduse !"
     
    - Luna!
    Une forêt foisonnante de curiosités.
    Clairière ensoleillée.
    Des enfants souriants et pleins de vie.
    Crème glacée parfum kiwi.
    - LUNA!! Hé ho tu m'entends?
    Je m'agitai dans mon sommeil, indifférente à la voix qui me hélait.
    Une piscine décorée de petits fantômes copinant avec des lunes rieuses.
    Insouciance, innocence heureuse
    Des bras amicaux m'entourèrent pour m'exhorter à réintégrer la réalité:
    - Mon coeur, reviens à toi je t'en prie!
    Je m'éveillai en sursaut. Ca faisait des années que plus personne ne m'avait appelée "mon coeur".
    A cause de ma vision encore trouble je ne percevais que des formes, des couleurs.
    Marron glacé pareil à la coque d'une châtaigne un soir de grand froid.
    Vert de gris semblable aux plus belles lagunes.
    Dès lors que j'eus les yeux en face des trous je distinguai le visage doux et inquiet presque diaphane de Phantom.
    Alors je pris conscience que la douleur nichée au creux de ma poitrine commençait à s'évaporer, avant de disparaître par la porte de mon coeur.

  • Commentaires

    1
    titoun
    Dimanche 17 Avril 2011 à 11:04
    trés poétique la fin du paragraphe , j'aime beaucoup.
    2
    Paula Spectacles Profil de Paula Spectacles
    Lundi 18 Avril 2011 à 20:56
    merci c'était le style recherché ^^
    3
    mcpresentslovee93
    Samedi 30 Avril 2011 à 17:49
    je suis d'accord avec titoun ^^
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