• 02. Nathanael Lambert

    Il entra et monta sur l’estrade. D’allure sportive il était privilégié par la nature. Mi longs ses cheveux châtain doré retombaient le long de ses épaules. Ses yeux gris-verts scrutaient froidement l’assemblée comme s’ils cherchaient quelqu’un. 
    - Avant tout je tiens à vous remercier pour avoir accepté de m’accueillir dans votre classe Madame Rosenberg, c’est un honneur de vous rencontrer. 
    « Il en fait un peu trop là » pensa Louise en son for intérieur. 
    - Vous manquez à tous vos devoirs de courtoisie Mademoiselle de Servian, commenta Madame Rosenberg. 
    - Ah… désolée, fit la jeune fille en se levant le visage en feu. Au nom de toute la terminale ES a je te souhaite la bienvenue. Comment t’appelles tu ? 
    Le nouveau la dévisagea de la tête aux pieds et esquissa un sourire : 
    - Mes hommages mademoiselle la déléguée, je suis Nathanaël Lambert. Vous pouvez m’appeler Nat ou Nathan par commodité. 
    Louise blêmit. « Lambert » : ce nom lui semblait familier mais elle n’aurait su dire pourquoi. Toutefois elle se ressaisit par politesse et se composa un sourire jovial :
    - Enchantée Nathanaël. Je m’appelle Louise de Servian et je ferais en sorte que ton année parmi nous se passe au mieux. Si tu as des questions ou des incompréhensions n’hésite pas à m’en faire part, je serais toujours prête à t’aider. Au fait il faut que tu me donnes tes coordonnées pour que je les inscrive dans la liste de contacts de la classe.… Pourquoi tu me regardes bizarrement ? 
    - Je suis à la recherche d’une certaine Esther Lambert. 
    A l’énonciation de ce nom le cœur de Louise manqua un battement comme si elle avait reçu un coup de poing dans le ventre. Les yeux mi clos elle se remémora l’image de la jeune fille aux cheveux d’argent qui hantait ses rêves et réalisa qu’elle pourrait être Esther Lambert. Sa conscience s’évapora comme un lambeau de brouillard.  
    Louise cligna des yeux, aveuglée par la lumière qui se déversait autour d’elle dans toutes les directions. A la pendule de l’infirmerie il était dix huit heures. Sa vision était encore floue mais elle distinguait des visages autour d’elle. A sa droite Madame Rosenberg qui lisait un traité de mathématiques. A sa gauche… Nathanaël qui lui portait un regard bienveillant. Elle se massa les tempes pour soulager une migraine en passe de s’emparer de son crâne et se redressa sur son séant : 
    - Qu’est ce qui s’est passé ? demanda-t-elle. 
    Nathanaël baissa les yeux et attendit que Madame Rosenberg parle la première : 
    - Vous vous êtes évanouie, déclara sèchement celle ci. Qu’est ce qui vous arrive ? Vous qui étiez une élève exemplaire et épanouie auparavant … 
    - Navrée, je ne le sais pas moi-même. 
    - Si vous ne vous sentez pas bien dans votre peau la psychologue scolaire est là pour vous épauler. 
    Louise haussa les épaules et observa Nathanaël à la dérobée. Depuis son réveil il se comportait bizarrement, muré dans le silence. Elle voulut en savoir plus sur la dénommée Esther qu’il avait évoqué mais il ne lui en laissa pas l’occasion en se levant pour partir. Elle voulut le retenir mais il quitta précipitamment l’infirmerie.  
    Une fois dehors Nathanaël alluma son téléphone et composa le numéro de sa mère. Elle décrocha à la première sonnerie : 
    - Bonsoir mon trésor. Alors comment s’est passée ta première journée ? 
    Nathanaël déglutit ne sachant que répondre : 
    - Pourquoi m’as tu inscrit dans un lycée de bourges ? Clairement je n’ai pas ma place là bas ! S’ils découvrent que je ne suis pas de leur milieu qui sait si je ne deviendrais pas leur sujet de moquerie favori. 
    - Contente toi de faire de ton mieux pour l’instant. As tu déjà fait de nouvelles rencontres ? 
    - J’ai fait connaissance avec une fille, la déléguée de classe en fait. 
    - C’est un bon début, tu as pensé à lui demander ses coordonnées ? 
    - Elle s’appelle Louise de Servian. Elle doit probablement habiter dans le 16e. - Tu ne  peux pas savoir si tu ne lui as pas demandé. 
    - Elle est sympathique mais aussi un peu étrange donc je n’ose pas l’aborder davantage. 
    - Ne sois pas timide voyons ! Si aucun de vous ne fait le premier pas vous aurez sûrement des regrets plus tard. 
    Nathanaël avala sa salive et regarda autour de lui pour s’assurer que personne ne l’épiait : - Là n’est pas le cœur de la question. Elle est de santé fragile et semble ne pas avoir eu une enfance facile et toute tracée… Je vais te laisser la voilà qui sort avec la prof principale. A tout à l’heure. 
    - Sois à la maison avant vingt heures pour le dîner, à tout à l’heure. 
    Nathanaël confirma et raccrocha. Madame Rosenberg marcha jusqu’à lui : 
    - Vous transmettrez mes respects à votre mère j’aimerais m’entretenir en privé avec elle. Mes disponibilités seront les siennes. 
    - Je n’y manquerais pas, répondit le jeune homme avec courtoisie. 
    Il s’apprêtait à partir en lui souhaitant une agréable soirée lorsque Madame Rosenberg ajouta : 
    - Par ailleurs, auriez vous l’obligeance de raccompagner Mademoiselle de Servian chez elle ? 
    - Euh… bien sûr mais … 
    Madame Rosenberg considéra cette réponse abstraite comme un oui et s’éclipsa. La situation devint embarrassante pour Nathanaël qui se retrouva seul en compagnie de Louise devant le proche du lycée. 
    - Je ne t’y oblige pas si tu habites à l’autre bout de Paris Nathanaël, proposa Louise avec un sourire. 
    - Madame Rosenberg a raison, s’il t’arrivait quelque chose … 
    - Ne t’en fais pas, tout ira bien. J’habite seulement à quelques stations de métro d’ici. Nathanaël acquiesça mollement : la nuit commençait à tomber et il sentit une angoisse sourde poindre en lui comme si quelque chose de grave allait se produire sous peu. Louise alluma une cigarette en l’étudiant longuement du regard : 
    - Qui est Esther ? osa t-elle lui demander en tirant une bouffée. 
    - C’est une histoire qui serait invraisemblablement longue et compliquée à expliquer entre deux trottoirs. Je ne voudrais pas te voir impliquée dans mes problèmes. 
    -  Tes problèmes sont mes problèmes. 
    - Ne dis pas ça, on se connaît à peine. Tu ne sais pas de quoi tu parles … 
    - Je suppose que oui mais je sens qu’on est plus ou moins liés par un secret. Du moins c’est l’impression que tu me donnes. 
    - Admettons, fit Nathanaël avec une moue dubitative. Bref… Si tu ne cours aucun danger alors je devrais y aller, à demain. 
    - Oui tu peux rentrer chez toi sans inquiétude, à demain. 
    Ils se séparèrent à l’angle du boulevard en prenant des directions opposées.  

    Les réverbères s’allumèrent un à un au fur et à mesure où Nathanaël marchait le long du boulevard projetant à intervalles réguliers des ombres rectilignes le long de la chaussée. Les façades des immeubles s’esquissaient en demi teintes dans le clair obscur ambiant projetant le tracé frémissant de quelques feuilles de platanes égarés en ombre chinoise. Mi octobre la nuit était exceptionnellement douce. Une certaine magie émanait de cette atmosphère à la fois étrange et voluptueuse. Nathanaël se sentait flotter en apesanteur, comme si ses pieds effleuraient à peine le sol. Devenue chatoyante la lumière des réverbères embellissait chaque recoin, même les plus obscurs et les plus mystérieux. Dans un état second Nathanaël ne réalisa pas qu’il continuait à marcher, tout droit, tout seul, sans s’arrêter, sans savoir où il allait. Cet état de grâce dura cinq minutes. Il se figea lorsqu’il réalisa qu’il s’était perdu,  au milieu de nulle part.


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